📚 Les Bijoux de Baudelaire : Le poème qui a dû s'exiler pour exister!
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On imagine souvent les grands classiques comme des statues de marbre intouchables. Pourtant, certains textes ont dû mener une véritable guérilla pour arriver jusqu’à nous. C’est le cas des « Bijoux » de Charles Baudelaire.
Publié en 1857 dans la première édition des Fleurs du Mal, ce poème a immédiatement mis le feu aux poudres. Jugé pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », Baudelaire est condamné. Résultat ? Le poème est purement et simplement censuré et disparaît de l'édition de 1861. Pour le lire, il fallait se procurer Les Épaves, un recueil publié clandestinement à Bruxelles en 1866.
Mais qu’est-ce qui pouvait bien rendre la justice française aussi nerveuse ?
Comme pour Ronsard avant lui, ce n’est pas tant le sujet que la manière qui dérange. Baudelaire ne suggère pas, il filme avec ses mots. Il nous installe dans l’intimité d'un boudoir où la femme n’est pas une sainte, mais une reine de la mise en scène.
Dans cet extrait, elle joue de son corps comme d'un instrument, mélangeant l'innocence et le désir :
"Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d’aise À mon amour profond et doux comme la mer, Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté, D’un air vague et rêveur elle essayait des poses, Et la candeur unie à la lubricité Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins, Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne, Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ; Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne..."
Charles Baudelaire, "Les Fleurs du Mal", poème "Les Bijoux", 1857
L'œil du Boudoir : Ce qui nous fascine dans cette « métamorphose », c’est l’assurance de cette femme. Baudelaire décrit une muse qui « essaye des poses », consciente de son pouvoir de séduction. Elle transforme la nudité en un spectacle de « bras, de jambes et de reins » polis comme des joyaux.
Aujourd'hui, ces vers ne sont plus interdits, mais ils conservent leur piment. Ils nous rappellent que sublimer son corps est, depuis toujours, l'acte de rébellion le plus élégant qui soit.
Le saviez-vous ? Il a fallu attendre 1949 pour que la Cour de cassation annule enfin la condamnation de Baudelaire. Pendant près d'un siècle, ces vers étaient officiellement "immoraux" !
